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Le Possede
- Charles Baudelaire
Le soleil s'est couvert d'un crepe. Comme lui,
O lune de ma vie! emmitoufle-toi d'ombre;
Dors ou fume a ton gre; sois muette, sois sombre,
Et plonge tout entiere au gouffre de l'Ennui;
Je t'aime ainsi! Pourtant, si tu veux aujourd'hui,
Comme un astre eclipse qui sort de la penombre,
Te pavaner aux lieux que la Folie encombre,
C'est bien! Charmant poignard, jaillis de ton etui!
Allume ta prunelle a la flamme des lustres!
Allume le desir dans les regards des rustres!
Tout de toi m'est plaisir, morbide ou petulant;
Sois ce que ti voudras, nuit noire, rouge aurore;
Il n'est pas une fibre en tout mon corps tremblant
Qui ne crie : O mon cher Belzebuth, je t'adore!
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Bohemiens En Voyage
- Charles Baudelaire
La tribu prophetique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant a leurs fiers appetits
Le tresor toujours pret des mamelles pendantes.
Les hommes vont a pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots ou les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimeres absentes.
Du fond de son reduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson;
Cybele, qui les aime, augmente ses verdures,
Fait couler le rocher et fleurir le desert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L'empire familier des tenebres futures.
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Le Chat
- Charles Baudelaire
Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Meles de metal et d'agate.
Lorsque mes doigts caressent a loisir
Ta tete et ton dos elastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps electrique,
Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bete,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,
Et, des pieds jusques a la tete,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.
µ· ÈľÈÀº Áö¿ÁÀ¸·Î
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Don Juan Aux Enfers
- Charles Baudelaire
Quand Don Juan descendit vers l'onde souterraine
Et lorsqu'il eut donne son obole a Charron,
Un sombre mendiant, l'oeil fier comme Antisthene,
D'un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.
Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,
Des femmes se tordaient sous le noir firmament,
Et, comme un grand troupeau de victimes offertes,
Derriere lui trainaient un long mugissement.
Sganarelle en riant lui reclamait ses gages,
Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant
Montrait a tous les morts errant sur les rivages
Le fils audacieux qui railla son front blanc.
Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire,
Pres de l'epoux perfide et qui fut son amant,
Semblait lui reclamer un supreme sourire
Ou brillait la douceur de son premier serment.
Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre
Se tenait a la barre et coupait le flot noir,
Mais le calme heros, courbe sur sa rapiere,
Regardait le sillage et ne daignait rien voir.
La Vie Anterieure
- Charles Baudelaire
J'ai longtemps habite sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droites et majestueux,
Rendaint pareils, le soir, aux grottes basaltiques.
Les houles, en roulant les images des cieux,
Melaient d'une facon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflete par mes yeux.
C'est la que j'ai vecu dans les volupes calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout impregnees d'odeurs,
Qui me refraichissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin etait d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.
Past Life
- Charles Baudelaire
I have long lived beneath vast colonnades
Dyed by the suns marine with myriad lights;
Their mighty pillars, splendid and erect,
Basaltic grottoes every night displayed.
The waves rolled heaven's likeness infinite,
And merged in solemn, mystic serenade
The rich and mighty harmonies they made
With all the sunset colours in my sight.
And there it was I lived in pleasures calm,
Amid the splendours, heaven and the waves,
And perfume-saturated, naked slaves.
Who gently soothed my brow with fronds of palm,
And whose unique concern was fathoming
The secret grief which left me languishing.
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»þ¸¦¸£ º¸µé·¹¸£ ,Charles Baudelaire (1821~1867)
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ÁÖ¿äÀÛǰ: ¾ÇÀÇ ²É(Les Fleurs du mal)1857, ÆÄ¸®ÀÇ ¿ì¿ï(Spleen de Paris) Æò·ÐÁý -³¶¸¸ÆÄ ¿¹¼ú,½É¹ÌÀû È£±â½É µî
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